Thème 1 : L'école contre les inégalités

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L'école contre les inégalités

Peut-on promouvoir une école inclusive sans revisiter en la réinterrogeant la question des inégalités sociales d’accès aux études, à la culture, au savoir mais aussi au marché du travail dont on sait qu’il est, en France davantage qu’ailleurs, très sélectif à mesure que l’on a affaire à des publics moins qualifiés ou diplômés ? Expression générique, les inégalités face et au sein de l’école ont fait l’objet de nombreuses recherches et travaux mais aussi, et cela est assez récurrent, elles traversent et interpellent l’expérience quotidienne des élèves, des enseignants et des personnels d’éducation, cadres de l’institution scolaire ou collaborateurs. Et si l’inclusion scolaire est venue, depuis la loi de 2013 notamment, interpeller l’institution éducative et ses pratiques pédagogiques, il y encore loin entre le discours officiel et la réalité des écoles, des établissements scolaires et des classes. En toile de fond, c’est une nouvelle fois la question des inégalités sociales à l’épreuve du système éducatif, et par extension, celle de la démocratisation scolaire qui sont désormais reformulées quand des stratégies consuméristes, l’évitement de la mixité sociale et la recherche de l’entre-soi semblent prédominer. Comment alors penser et travailler la réforme du système scolaire, l’appropriation des réformes par les acteurs de terrain et quel dialogue instaurer entre la recherche et les professionnels de l’éducation ? Répondre à ces différentes questions exige que l’on ne sépare pas école et société, même si la première n’est pas totalement le reflet de la seconde. Il s’agit aussi de repenser le poids des déterminismes en soulignant que si des facteurs historiques et sociologiques pèsent sur le destin scolaire de chaque élève, celui-ci porte également les effets engendrés par des contextes d’accueil, d’accompagnement et d’apprentissage que la recherche ramène à des notions telles que l’effet-maître, l’effet-établissement et l’effet-classe. En ce sens, l’école inclusive effective apparaîtra comme une école démocratique quand ses acteurs – à tous les niveaux du système éducatif – prennent conscience du lien indissociable entre l’apprendre-ensemble et le vivre-ensemble. Si l’école doit lutter contre les inégalités, promouvoir une justice sociale, ce sont d’abord les inégalités d’apprentissage dans le cadre d’une relation éducative et pédagogique bienveillante et exigeante à la fois qui doivent constituer le moyen et l’horizon de cet objectif.

 

Comment alors penser et œuvrer à une école plus juste ? Quelles pistes nourries d’éléments issus de la recherche mais aussi d’observations de terrain, peut-on explorer pour fonder une école réellement démocratique et juste ? C’est à ces questions que tenteront de répondre les intervenants de l’atelier thématique « L’école contre les inégalités », le 8 juillet 2019 à partir de 14 heures.

 

Quatre interventions sont prévues

Aziz Jellab, Inspecteur général de l’Education nationale, Professeur des universités associé à l’INSHEA

Présentation de la problématique de l’atelier : « L’école inclusive à l’épreuve de l’égalité des chances : repenser la justice scolaire en changeant d’échelle. »

L’égalité des chances constitue le principe fondamental auquel le système éducatif est censé contribuer. Or cette « fiction nécessaire » est immédiatement interpellée par les inégalités de réussite, de parcours et d’accès bien réelles, inégalités qui ne tiennent pas seulement à l’origine sociale mais procèdent aussi du contexte scolaire que constituent les écoles et les établissements. Comment alors peut-on penser et mettre en œuvre une école plus juste en interrogeant les pratiques pédagogiques et les politiques éducatives ? Et de manière plus générale, il s’agit de se demander dans quelle mesure « l’école inclusive » offre l’opportunité d’interroger la tension classique entre la défense de l’intérêt général et la prise en compte des besoins de chacun.

 

Jean-Michel Mantion, Formateur à l’INSHEA

« Accompagner des équipes enseignantes et éducatives dans les établissements scolaires du second degré et les CFA : quels enjeux et leviers pour une école inclusive ? »

Pour rendre réellement l’école inclusive, il ne suffit pas d’informer, de former, voire de convaincre les enseignants et les équipes éducatives. L’accompagnement des équipes exige de situer l’action à l’échelle de l’établissement mais aussi d’identifier, des objets de travail mettant à distance l’expérience première et apparaissant comme engageant un collectif à construire. L’inclusion exige de penser la professionnalisation des enseignants et des personnels d’éducation de manière collective, car au-delà des questions de différenciation pédagogique et de prise en compte des besoins particuliers de chaque élève, il s'agit d'assurer une continuité de l'action pédagogique dans le cadre d'une division du travail régulée et pilotée au sein des EPLE et des CFA par des équipes de direction parties prenantes. Le propos de la communication traitera de ces questions en s’appuyant sur les enseignements issus d’une première année d'accompagnement d'EPLE et de CFA. Cela permettra d'identifier les principaux obstacles et les leviers mobilisables pour accompagner les changements de pratiques professionnelles.

 

Brigitte Monfroy, MCF en sociologie à l'Éspé Lille Nord de France

« Accompagner et favoriser l'accès des élèves d'origine modeste à l'enseignement supérieur élitiste : l'exemple d'un dispositif de démocratisation. »

Dans un contexte scolaire où le poids des déterminismes sociaux sur les destinées scolaires semble s'aggraver depuis ces dix dernières années, il convient de montrer les évolutions qu'ont prises dans ce contexte les politiques de lutte contre les inégalités de réussite et leurs effets sur la constitution d'un nouveau régime d'inégalités scolaires. Nous nous proposons dans cette communication d'interroger le fonctionnement et les effets d'un dispositif institutionnel dont l'objectif affiché est de réduire les inégalités scolaires : les programmes de démocratisation mis en œuvre par sept écoles de Sciences Politiques en région. Nous expliciterons les modalités spécifiques de fonctionnement de ce dispositif et nous nous attacherons à repérer leurs principaux effets sur les parcours scolaires des élèves d'origine modeste qui en bénéficient.

 

Michaël Bailleul, MCF en sciences de l’éducation à l'Éspé Lille Nord de France

« La question de la bienveillance en éducation. Comment les professeurs des écoles l'appréhendent en classe durant leur année de titularisation ? »

Nous proposons d'interroger les effets produits par le cadre officiel actuel de l’Éducation nationale qui incite l’enseignant novice à pratiquer la bienveillance dans sa conduite quotidienne de classe. Notre enquête s’ancre qualitativement, menée à partir d’entretiens semi-directifs auprès de futurs professeurs des écoles fonctionnaires étudiants stagiaires de l’académie de Lille et étudiant à l’ESPE Lille Nord de France. L’objectif est de comprendre comment ces derniers s’emparent et redéfinissent dans leur primo pratiques et à ce stade de leur développement professionnel la question de la bienveillance.